Euro 2016 : quelles retombées ?

euroA quelques jours du lancement de l’Euro 2016 qui a lieu en France, l’aspect monétaire est omniprésent. Depuis 2010, date où la France a été désignée organisatrice de l’événement, les idées fusent dans l’espoir de relancer une économie française atone. L’échéance approchant, les prix flambent. Il ne reste plus qu’à savoir si les retombées économiques seront à la hauteur des investissements. Enquête.

Selon l’étude du Centre de Droit et d’Economie du Sport (CDES) de Limoges, l’impact économique de l’Euro (c’est-à-dire le cumul des apports financiers étrangers) s’élèverait à 1,27 milliard d’euros. 800 millions seraient dus aux visiteurs, dont 600 millions pour l’hébergement, la restauration, le commerce. Par ailleurs, les dépenses sur les « fans zones » sont estimées à 200 millions. En outre, le montant total des marchés remportés par les entreprises françaises en lien avec l’organisation approcherait 400 millions d’euros.

belle-ambiance-dans-les-tribunes-du-matmut-atlantique_3156053_1200x800À cela se rajoute la création de 20.000 emplois, dont 5.000 durables, liés à la construction et à la rénovation des enceintes sportives, plus 26.000 autres durant toute la compétition du fait de l’impact économique national de la compétition. Enfin, les rentrées fiscales, estimées à 180 millions d’euros, viendraient remplir les caisses de l’État au nom du surcroit d’activité lié à l’Euro 2016. En définitive, d’après le CDES, «l’impact [devrait être], globalement, plus que positif».

Ainsi, 2,5 millions de spectateurs sont attendus pour l’Euro 2016 et de 7 à 8 millions de supporters au total. Encadrés par la Fédération française de football (FFF), 6 000 volontaires seront également à pied d’œuvre durant la compétition. Le rapport prévoit par ailleurs 180 millions d’euros de recettes fiscales « supplémentaires liées aux  dépenses des acteurs étrangers » dans un contexte où l’entité chargée d’organiser l’Euro (l’UEFA) est défiscalisée. Le budget d’organisation du tournoi (450 millions d’euros) est pris en charge par la Confédération européenne.

Les prix s’envolent, et les hôteliers s’en frottent les mains !

Si les retombées économiques sont largement saluées, c’est sans doute parce que le secteur de l’hôtellerie et de la restauration ne seront pas en reste. Le cabinet Protourisme a estimé que le tournoi pourrait engendrer près de 8 milliards d’euros de retombées directes et indirectes, avec, selon lui, un «impact sur le long terme», à l’image de la fréquentation touristique après la Coupe du Monde de 1998, qui était restée importante pendant plusieurs années.

Et pour cause, des supporters vont venir de partout en Europe pour assister à l’une des compétitions les plus suivies dans le monde. L’EURO c’est une aubaine pour les professionnels du logement et notamment les hôtels qui vont augmenter leurs prix. Avec 250.000 nuitées réservées partout en France, le milieu hôtelier, qui génère près de 40% des revenus touristiques français, reprendra des couleurs.

Explosion des prix des hébergementsLes prix hôteliers en large hausse pendant l’Euro. © Le Parisien

Mais les hoteliers ne sont pas les seuls à augmenter leurs prix. Depuis plusieurs années, Airbnb a sû s’imposer dans le paysage touristique Français (la France étant l’un des premières nations à utiliser Airbnb) et devient aujourd’hui l’un des acteurs majeurs de cet Euro.

Inflation du prix des réservations à l'occasion de l'Euro
Inflation du prix des réservations à l’occasion de l’Euro : prix moyens des locations et prix le jour d’un match – Robin Prudent/Rue89

Des dépenses importantes et des chiffres surévalués

Il est toujours difficile de mesurer avec précision les effets des grands événements sportifs, explique l’économiste du sport Richard Duhautois. “Ce chiffre me semble très optimiste. Les études menées en amont des compétitions sont toujours positives. On travaille par exemple sur des coefficients multiplicateurs keynésiens qui ont tendance à surévaluer les retombées. On ne tient pas compte des effets de substitution [un achat pour l’Euro c’est une part de budget en moins pour autre chose,], ni des effets d’éviction [l’aversion à la foule ou au foot,]. D’ailleurs, les études a posteriori confirment très souvent cette tendance », analyse l’économiste.

L’investissement dans les stades passera la barre des 1,6 milliard d’euros

La construction ou la rénovation des stades a été financée à hauteur de 618 millions d’euros sur 1,65 milliard par l’Etat et les différentes collectivités, selon le CDES. Surtout, la France s’est engagée à exonérer d’impôt l’UEFA en tant qu’organisateur, comme pour l’Euro 2015 de basket et les Mondiaux 2017 de handball. Seule reste la TVA qui devrait rapporter 186 millions d’euros, selon le CDES.

Euro-2016-ou-en-est-le-chantier-des-stadesAprès les deux vagues d’attentats qui ont frappé Paris et sa région en 2015, assurer la sécurité de l’Euro 2016 sera un vrai défi. « On sait depuis des mois que le risque [terroriste] est maximal », expliquait à l’AFP Jacques Lambert, le président du comité d’organisation de la compétition, au lendemain des attaques meurtrières du 13 novembre. « On va tirer les leçons des derniers évènements sur les plans préventifs et opérationnels » et « sécuriser encore le dispositif », ajoutait-il.

Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur, a ainsi annoncé le renforcement des moyens de vidéo-protection autour des stades et la mobilisation d’agents de sécurité supplémentaires. Tout cela aura un coût : 24 millions d’euros rien que pour assurer la sécurité dans les fans zones, ces espaces dédiés aux supporters (soit 14 millions de plus qu’initialement prévu). Pour ce qui est du renforcement des mesures de sécurité dans l’enceinte des stades, Euro 2016 SAS évalue le surcoût à 15 %.

Une affaire qui s’avère donc de moins en moins rentable.

Maxime Sévilla, Matthieu G, Charlotte Sauvaget, Joffrey Tridon et Jean-Baptiste Guégan

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