World Rugby, l’Empire contre-attaque

France's centre Mathieu Bastareaud (C) is tackled during a Pool D match of the 2015 Rugby World Cup between France and Italy at Twickenham stadium, south west London on September 19, 2015. AFP PHOTO / FRANCK FIFE RESTRICTED TO EDITORIAL USE, NO USE IN LIVE MATCH TRACKING SERVICES, TO BE USED AS NON-SEQUENTIAL STILLSAprès 10 ans d’absence, le rugby à VII revient en France à l’occasion du Paris Sevens du 13-15 mai 2016 à Jean Bouin. Derrière l’organisation de ce tournoi se trouve World Rugby. Retour sur une organisation sportive qui s’impose comme un acteur incontournable dans le développement du rugby au XXIème siècle.

Le rugby peut-il rattraper son retard sur le foot, sport planétaire par excellence ? Cela apparaît assez compliqué. Pour autant, depuis 2004, 120 nouvelles fédérations ont intég World Rugby, faisant passer le nombre de pratiquants de 2 à 7,6 millions dans le monde. Une croissance remarquable et toujours en cours, liée à une stratégie menée par l’organisation internationale et plutôt adaptée au « retard » du rugby :  viser de nouveaux marchés rapidement et s’étendre le plus possible.

Comment mener une telle blitzkrieg ?

La campgane contre le dopage : keep rugby clean
Des infrastructures pour développer le rugby et sa pratique

D’abord, en s’appuyant sur un développement par le haut. Cela consiste à doter de nouveaux pays entrants, d’une fédération, pour qu’ensuite le rugby se généralise, se structure, se diffuse et gagne les étages inférieurs. Pour se faire, World Rugby mobilise différents moyens : des fonds structurels bien sûr, des partenariats avec les écoles et les universités, mais aussi en missionnant des ambassadeurs (des anciens joueurs professionnels le plus souvent) pour promouvoir la discipline.

Ainsi, le Brésil, nouvel invité, a profité d’un financement 400 000€ pour l’initiation de 9 000 jeunes, une riche idée dans ce pays qui offre le plus beau potentiel d’Amérique du Sud, à côté du voisin et concurrent argentin…

Le Sevens comme relais de croissance

Cette stratégie de conquête passe aussi pour World Rugby par le succès du Sevens. En s’appuyant sur son développement, notamment dans des pays peu versés dans le rugby à XV, l‘instance invite d’emblée ces nouvelles fédérations au circuit World Sevens Series (annuel), aux World Cup Sevens (tous les 4 ans) et maintenant aux JO. Une stratégie  top-down audacieuse qui porte ses fruits : par cette conquête, le rugby parle au monde et de nouveaux marchés s’ouvrent. Ne reste plus qu’à l’accompagner d’une communication performante et d’une visibilité mondiale accrue avec un « naming » plus clair.world_rugby_logoDe l’I.R.B à World Rugby, un label plus vendeur pour la marketisation du rugby

Il fut un temps, encore proche, où l’instance dirigeante du rugby mondial se cachait derrière l’acronyme d’ IRB, celui du Board, ce conseil d’administration exclusif, rappelant les origines d’un sport hérité de l’époque victorienne. Or, dès novembre 2014, en toute discrétion, un tournant majeur allait être franchi avec un nouveau label, celui du World rugby.

L'ancien Président de World Rugby, Bernard Lapasset, aujourd'hui remplacé par Bill Beaumont
L’ancien Président de World Rugby remplacé par Bill Beaumont

Un changement de nom qui augure selon les mots mêmes de Bernard Lapasset, l’ancien Président de World Rugby, d’un profond changement de stratégie : «Ce lancement sert à incarner notre nouvelle mission, faire grandir la famille du rugby mondial au-delà de notre famille traditionnelle et de nos supporteurs habituels, il vise à refléter l’évolution de notre organisation qui doit passer du rôle de régulateur à celui d’inspirateur».  

World Rugby, une association de deux mots qui résonne comme une invitation mondiale pour un sport largement identifié mais peu pratiqué. A l’heure du numérique et des réseaux sociaux, l’opération vise à créer un « naming » plus clair pour concurrencer la visibilité et l’exposition du football. Une manœuvre suivie par des fédérations vigilantes comme la R.F.U. (Rugby Football Union) devenue « England Rugby » pour se globaliserWorld_Rugby_Sevens_Series_logoDans cette logique, le rugby à VII sert de première vitrine avec le développement du « World Rugby Sevens Series » : tout un programme pour une compétition dont l’audience et la visibilité ne cessent de croître. 

Une nouvelle ère s’est ouverte pour le rugby mondial, celle de son expansion impériale !

FFR et World Rugby, l’heure du repositionnement ?

Face à un tel mouvement, on est en droit de se demander ce que fait la FFR pour en profiter. Avec un Top 14, championnat le plus lucratif de la planète dont les droits ont été récemment réattribués à Canal+ jusqu’en 2023 pour un montant de 97 millions d’euros après un premier record en 2015 (74 millions par saison jusqu’en 2019), tout est rassemblé pour réussir. 

Ouverture-de-la-billetterie-du-HSBC-Paris-Sevens_rugbyHélas, en dehors des considérations sportives et des retombées d’image, le Top 14 échappe à la FFR et l’empêche de « se vendre » davantage. Les marques reconnues que sont devenus le Stade Toulousain, le RCT ou Clermont se sont imposées comme des « labels » que leurs propriétaires ne souhaitent pas dévaloriser au profit des équipes de France. Surtout après des investissements aussi conséquents et les déconvenues sportives récentes en Coupe du monde

Avec le Sevens, la FFR est donc face à une véritable opportunité : se repositionner en renforçant son image de marque, tout en générant de nouveaux partenariats et des propositions de sponsoring. Une aubaine qui commence d’abord par la réussite du HSBC Paris Sevens !

Adrien Boschet et Jean-Baptiste Guégan

Adrien Boschet est enseignant en Histoire-Géographie. Franco-britannique, il voit le sport comme une passerelle culturelle, économique et sociale. Il pratique le rugby et le ju-jitsu depuis de nombreuses années et s’intéresse autant au XV qu’au Sevens.

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE