Laura Meseguer : la voix du cyclisme espagnol

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Laura Meseguer always at work come hell or high water (photo credit : Instagram Laura Meseguer)

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Alors que le Giro commence dès aujourd’hui, TeamSportEco a rencontré Laura Meseguer, la voix du cyclisme sur Eurosport Espagne. Globetrotteuse, entière et passionnée, la journaliste apporte sa griffe sur les antennes de la chaîne européenne. La France et le rugby ont Isabelle Ithruburu, l’Espagne et le cyclisme ont Laura Meseguer !

Vous travaillez actuellement pour Eurosport Espagne et couvrez le cyclisme. Pouvez-vous nous en dire plus sur vous ? D’où venez-vous ? Comment avez-vous découvert le vélo ?

J’ai grandi en Argentine et au Chili où mon père était le chef du bureau local de l’Agence de Presse Espagnole (EFE). Ensuite, je suis rentré en Espagne pour y faire des études en communication. Après mon diplôme, j’ai commencé ma carrière, à Madrid, dans l’antenne télé de l’EFE.

J’ai découvert le cyclisme par hasard, en 2007, alors que je travaillais pour le service communication d’une très grande entreprise qui était le sponsor du maillot de leader de la Vuelta. J’y ai alors été envoyée alors que je ne connaissais rien du tout au cyclisme. Ma famille ne suivait pas vraiment les courses et j’ai grandi dans des pays où le cyclisme n’était pas vraiment un sport populaire. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Par exemple, au début, je pensais que la Vuelta était plus un événement populaire que quelque chose de réellement professionnel.

J’ai dû apprendre très vite les bases du vélo. J’ai posé plein de questions à tout le monde, aux coureurs, aux journalistes. C’est drôle, tout ce que je trouvais surprenant, tout le monde le trouvait normal. Par exemple, pour quelqu’un qui ne connait pas le vélo, c’est vraiment impressionnant ! Par exemple, le fait que les coureurs parcourent plusieurs centaines de kilomètres chaque jour pendant trois semaines me paraissait tout simplement incroyable !

« Je voulais côtoyer des personnes qui m’inspiraient »

Peu à peu, j’ai découvert et apprécié les valeurs de ce sport : la notion d’effort, de sacrifice et d’engagement. J’ai dû me rendre à l’évidence : j’avais trouvé ma place et je voulais côtoyer des personnes qui m’inspiraient autant.

A l’issue de cette Vuelta, je suis retournée au bureau mais j’ai continué de m’informer sur le cyclisme, de me rendre sur les courses. Au cours de l’été 2008, j’ai décidé de démissionner pour tenter l’aventure du vélo. Ce fut progressif mais je n’ai jamais cessé de m’instruire, d’apprendre et de suivre les épreuves. Au fur et à mesure, les opportunités se sont présentées avec notamment des collaborations dans plusieurs magazines. Puis en 2012, Eurosport m’a proposé de les rejoindre.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre métier ?

En général, je ne couvre que deux grandes courses par an : le Tour et la Vuelta. En 2016, je serai aussi sur le Giro.

A quoi peut ressembler une de mes journées sur une course ? Tout commence le matin, au départ, quand j’interviewe les coureurs et les managers. Je leur demande comment ils se sentent, ce qu’ils pensent de l’étape de la veille et quelle sera leur stratégie pour l’étape du jour. En général, ils ne se dévoilent pas trop ! Ces interviews sont ensuite montées et diffusées tout au long de la retransmission de l’étape en direct.

Laura Meseguer, ready for the Giro ! (Photo credit : Laura Meseguer)
Laura Meseguer, ready for the Giro ! (Photo credit : Laura Meseguer)

Ensuite, je dois me dépêcher de rallier la ligne d’arrivée pour les interviews d’après course. Ces journées sont vraiment épuisantes ! Vous passez beaucoup de temps en voiture, il fait souvent très chaud et vous devez être prête en un temps record. Vous n’avez pas une seconde à perdre !

Les interviews que je réalise à l’arrivée passent en direct dans l’émission d’après course où les journalistes et consultants débriefent en plateau.

Les semaines de Grands Tours sont vraiment intensives. Sur le Giro ou la Vuelta, vous ne finissez jamais avant 22h mais je tiens encore debout. Quand vous couvrez le Tour, vous rentrez plus tôt, vers 20h, mais je suis vraiment morte ! J’aime vraiment mon job mais ce n’est jamais relaxant ! J’ai toujours besoin d’une semaine pour récupérer après chaque épreuve !

Travailler pour Eurosport comporte-t-il des avantages ?

Eurosport vous ouvre beaucoup de portes ! Comme la chaîne émet dans beaucoup de pays, c’est donc plus simple pour faire passer un message. A titre de comparaison, lorsque j’ai couvert mon premier Tour de France, je n’étais pas avec Eurosport et c’était vraiment une galère ! Il y a donc bien une vraie différence avec et sans Eurosport.

Le récent rachat d’Eurosport par le groupe Discovery change-t-il la donne ?

Beaucoup de choses sont en train de changer. Les fans et les téléspectateurs sont maintenant au cœur de notre approche. Discovery a investi beaucoup pour couvrir plus d’évènements, pour produire beaucoup plus d’émissions en plateau et pour communiquer autour. Le changement est en marche mais c’est un bon changement !

Que faites-vous entre chaque course ?

Mon poste chez Eurosport me permet de faire plein d’autres choses entre les courses. J’ai toujours aimé écrire et je continue à le faire pour différents magazines (Soigneur, Cycling Illustrated, Vélo Magazine, Peloton, etc.). Tant que je le pourrai, je continuerai. Je me charge aussi de la communication de la marque Eroica et de deux courses cyclos, la  Mallorca 312 et la City Mountainbike. L’année dernière, j’ai aussi animé le gala annuel de l’UCI à Abu Dhabi.

J’ai récemment collaboré pour un documentaire sur la première équipe israélienne, the Cycling Academy, dont le but est de courir sur les mêmes routes que Gino Bartali a utilisé pendant la Seconde Guerre Mondiale afin de sauver des centaines de juifs.

Vous êtes très suivie sur les réseaux sociaux. Comment les utilisez-vous ?

Je me sers de Twitter pour des raisons professionnelles. On y trouve plein d’informations utiles, très facilement. Le risque est d’y rester connecté tout le temps et parfois j’ai vraiment besoin de couper. J’utilise aussi Facebook pour mon travail mais un peu moins.

En revanche, Instagram c’est personnel. J’adore la photographie et découvrir différents endroits. J’aime me faire ma propre idée quand on me parle de quelque chose. Instagram, c’est vraiment pour le fun.

« Si demain, d’autres chaînes m’appellent pour couvrir le foot, je dirai non. »

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

Aujourd’hui, j’adore vraiment ce que je fais ! Si vous m’aviez demandé en 2007 si je pensais en arriver là aujourd’hui, je vous aurais dit non. Il existe d’autres très bons journalistes, pourquoi moi ? Je suis consciente de la chance que j’ai. Je suis chez Eurosport, j’écris aussi dans des magazines et je peux mener mes propres projets. Je ne pouvais pas rêver mieux !

C’est maintenant très courant de voir des femmes couvrir le sport. Ce que j’apprécie chez Eurosport c’est qu’ils ne se concentrent pas sur la femme mais sur le journaliste derrière la femme et qu’ils tiennent compte des opinions de tout le monde. Pour toutes ces raisons, j’aimerais rester chez Eurosport.

As well as Eurosport, Laura Meseguer is also very busy (Photo credit : Instagram Laura Meseguer)
As well as Eurosport, Laura Meseguer is also very busy (Photo credit : Instagram Laura Meseguer)

Je connais le cyclisme et je suis journaliste. L’objectif n’est pas de devenir célèbre. Si demain, d’autres chaînes m’appellent pour couvrir le foot, je dirai non. Ce n’est pas ma tasse de thé.

Quelles relations avez-vous avec les coureurs ?

Eurosport est une chaîne qui couvre l’intégralité de la saison, pas seulement les plus grandes courses. Nous côtoyons donc les coureurs tout au long de l’année et sommes vraiment proches d’eux. Sur les Grand Tours, les coureurs sont beaucoup sollicités. Je pense qu’ils préfèrent parler aux journalistes qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance.

De mon côté, j’ai l’occasion d’échanger plus longuement avec eux lorsque je les interviewe pour divers magazines. Ce sont des moments où les coureurs se livrent plus qu’à la fin des courses où vous n’avez qu’une minute avec eux.

Laura Meseguer has created strong and trustful links with riders (photo credit : Instagram Laura Meseguer)
Laura Meseguer has created strong and trustful links with riders (photo credit : Instagram Laura Meseguer)

Purito Rodriguez et Mark Cavendish sont des coureurs que j’aime bien interviewer. Il y aussi Fabian Cancellara. Il va toujours à l’essentiel et vous donne une vraie analyse en un temps record. Les Français sont plus timides mais Thibault Pinot est toujours accessible. J’ai commencé à suivre des cours de français et d’italien l’année dernière. Je pense que ça peut mettre les coureurs en confiance. C’est aussi utile dans la vie de tous les jours !

Quels sont les coureurs que vous préférez ?

J’aime les coureurs offensifs comme Valverde, Nibali ou Rodriguez. Toutefois, mon préféré est Peter Sagan. Il me surprend toujours. Et pourtant, je le côtoie depuis très longtemps ! Même quand il vous parle de la vie, ses réponses sont toujours logiques, simples et pertinentes. Ce gars est vraiment incroyable !

Quelle est votre course préférée ?

Si vous le demandez aux coureurs, ils vous répondront tous le Giro. En Italie, tout est beau ! Les paysages, les villes parées de rose, les tifosi. Et la nourriture !

Cependant, que vous soyez coureur ou journaliste, vous devez être au départ du Tour. C’est là que tout se passe ! Pour ma part, j’ai une affinité particulière avec la Vuelta, car c’est chez moi.

Malgré tout, si je devais n’en choisir qu’une, ce serait quand même le Tour de France !

L’an dernier, Alejandro Valverde a réalisé une excellente saison. Cependant, une seule équipe espagnole était inscrite au départ du Tour. Le cyclisme espagnol est-il en crise ? Que se passe-t-il avec la relève ?

On manque de moyens. Il n’y a pas assez de structures pour accompagner les jeunes coureurs vers le niveau professionnel. Du coup, il est très dur pour eux de percer et de réussir. Bien sûr, il n’est pas impossible que demain, une perle rare arrive, comme Peter Sagan en Slovaquie. A mes débuts, quelqu’un m’a dit « Ne sois pas inquiète. Lorsqu’Indurain a arrêté, tout le monde disait que le cyclisme espagnol était fini. Et puis, Valverde, Contador, Rodriguez sont arrivés. » Je suis optimiste, il y a quelques talents qui émergent. D’ailleurs, deux jeunes espagnols n’ont-ils pas récemment gagné le Tour de l’Avenir ? Et il y a aussi Landa ! Attendons de voir  ce qu’il peut faire !

Laura Meseguer always at work come hell or high water (Photo Credit : Instagram Laura Meseguer)
Peter Sagan, one of Laura Meseguer’s favorite riders (Photo Credit : Instagram Laura Meseguer)

Que pensez-vous des coureurs espagnols qui s’engagent dans des équipes étrangères, notamment dans des pays où le cyclisme est relativement récent ?

Je pense que c’est la vie. Dans ces équipes, il y a tout de même un encadrement et beaucoup de coureurs italiens et espagnols. C’est un mélange de culture et de nations. Parfois, avec toutes ces nouvelles équipes, vous vous demandez où va le cyclisme. Mais, si les choses sont faites dans les règles, c’est une très bonne chose pour le vélo.

En Espagne, Movistar capte tous les talents mais ça reste très difficile pour eux. Nous avons besoin d’avoir plus d’équipes. Je me rappelle que lorsque j’ai commencé, il y avait beaucoup plus de coureurs et d’équipes espagnoles. C’est triste, surtout pour les coureurs qui ont dû arrêter leur carrière faute de places. Je reste optimiste, il y a encore beaucoup de talents à aller chercher.

« Le dopage n’est pas un sujet facile à traiter. »

Comment abordez-vous la question du dopage ?

Ce n’est pas un sujet facile à traiter. Je pense que le cyclisme est en train de grandir et que les nouvelles générations travaillent pour le rendre plus propre. Quand un coureur est positif, il disparaît aussi vite. J’aimerais connaître sa version de l’histoire et non seulement celle donnée par le communiqué de presse de l’équipe. Le dopage est vraiment une mauvaise chose pour le cyclisme. Nous devons vraiment être transparents sinon les gens continueront de penser que tous les cyclistes sont dopés.

Qui remportera le prochain Tour de France ?

Je suis curieuse de voir quel Tour Alberto Contador fera. En Espagne, ce serait énorme s’il gagnait à nouveau ! Je serai attentive aussi à Nairo Quintana. La Colombie attend vraiment cela aussi ! Je pense qu’il est prêt et qu’il aura une très bonne équipe Movistar à ses côtés pour l’épauler (Valverde, Moreno). J’ai aussi hâte de voir les duels entre Purito Rodriguez et Dani Moreno, les deux anciens coéquipiers.

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