Sevens, l’avenir du rugby à XV ?

Comme le XV, le rugby à VII fait peau neuve avec un peu de rouge
Comme le XV, le rugby à VII, le Seven, fait peau neuve avec un peu de rouge

Après 10 ans d’absence, le Sevens, le rugby à 7, revient en France à l’occasion du Paris Sevens du 13-15 mai 2016 à Jean Bouin. Une étape décisive dans le circuit mondial où les Français auront à cœur de séduire leur public avant les JO de Rio cet été. L’occasion de faire un état des lieux sur la discipline alors que Paris réintègre enfin le circuit Sevens.

«Dans le 7, il y a absence de combat, ce n’est que de l’évitement (…) Le Sevens, c’est de la course à pied. Autant aller voir de l’athlétisme.» Des propos qui sont ceux de l’actuel  sélectionneur du XV de France … Guy Novés ! C’était en 2011, cinq ans avant que Novés intègre dans le XV de France, Virimi Vakatawa, la star française du rugby à 7…

Un rugby dépoussiéré du jeu d’avants

Le Sevens, des stades pleins et du jeu
Le Sevens, des stades pleins, de l’ambiance et du jeu

On s’en doute, la vision de Guy Novès est celle du quinziste féru du « travail d’avants » qui existe très peu, voire pas du tout dans le Seven… Mais il faut le reconnaître, c’est ce fameux travail d’avants, ce « combat », qui désintéresse aujourd’hui la moitié de la planète ! Il détourne l’attention de millions de spectateurs potentiels parce qu’il est trop complexe à suivre et à à comprendre au premier abord.

A contrario, le Sevens a réussi à séduire en un temps très court (organisation d’un circuit mondial depuis 1999 seulement pour les hommes, 2011 pour les femmes) par sa simplicité tactique, et son jeu essentiellement porté sur l’attaque. En France, dans son rapport annuel, la FFR confirme cette tendance et l’encourage comme nous l’écrivions déjà il y a quelques mois. Ainsi, annonce-t-elle pour le 7 une croissance de 39 % du nombre de joueurs ayant pratiqué le rugby à 7 au 30 mai 2015, pour 15 000 pratiquants.

Une discipline qui promeut le jeu d’attaque

Pourquoi une telle attractivité ? Il suffit de voir quelques matchs de Sevens pour comprendre que la discipline est aussi lisible que plaisante à suivre pour le grand public. Et les diffuseurs, friands de matchs intenses, brefs et remplissant les stades. En effet, courses, passes et essais à la pelle mettent en avant la rapidité du jeu, le caractère offensif du rugby à 7. A l’image d’une partie de foot improvisée, tournée vers l’offensive à outrance.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si World Rugby, la fédération internationale de rugby, se penche actuellement sur de nouvelles règles, déjà appliquées chez les moins de 20 ans, pour rendre le rugby à XV plus offensif, plus attractif et spectaculaire. L’idée en quelque sorte est de rendre le XV plus « Sevens », dirons-nous !

A cela, une raison, la dernière Coupe du monde de rugby à XV en Angleterre, de loin la plus offensive de l’histoire, a aussi été la plus lucrative en termes de revenus, avec un impact s’élevant à £2.5 milliards pour l’économie anglaise, selon The Telegraph. Quant à la manche hong-kongaise des HSBC World Sevens Series, elle a rapporté en 3 jours, 34 millions d’euros (HK$ 310M) à l’économie locale. Une somme que parvient à atteindre la ville d’Edimbourg (£30 millions) chaque année mais sur tout le tournoi des 6 Nations…

 Le calcul est simple : quand le jeu est porteur de tels enjeux, le Sevens devient un modèle à suivre. Et le partenariat noué avec HSBC depuis la saison 2010-2011 ne fait que le confirmer.

Un rugby plus urbain ou l’avènement d’un street rugby

Sevens, un autre rugby plus urbain
Le Sevens, l’avenir du rugby en ville ?

Ses aspects récréatifs et ludiques rendent également le 7 parfaitement compatible avec un mode de vie urbain, aujourd’hui dominant. Tout en s’adaptant aux contraintes de terrains des grandes villes, un tournoi de Sevens permet de faire se rencontrer un grand nombre d’équipes, d’impliquer un grand nombre de joueurs. Un véritable pendant du Five pour le football !

Réponse idéale pour encourager la pratique sportive en milieu urbain, le Sevens a donc de beaux jours devant lui. Parce qu’il s’ouvre sans cesse à de nouveaux pratiquants, il ne laisse pas non plus insensibles, sponsors et grands équipementiers, comme en témoigne l’engagement très notable d’HSBC autour des manches de la Coupe du mondeUn appel d’air pour les grands équipementiers comme Adidas ou Nike qui désertent aujourd’hui le Top 14 au profit de plus petits acteurs comme BLK, Asics et Kipsa. A croire que l’attaque attire plus que l’esprit défensif et les valeurs de combat qui règne dans notre championnat…

Un marché est donc à conquérir autour de ce « Street Rugby », et non des moindres au regard de sa croissance actuelle. Pourtant, à trois semaines du HSBC Paris Sevens la publicité autour cet événement sportif international laisse songeur… Le stade Jean Bouin devrait être à moitié vide les 13-15 mai, dates de la manche parisienne …

Adrien Boschet et Jean-Baptiste Guégan

Adrien Boschet est enseignant en Histoire-Géographie. Grand sportif, il pratique le rugby depuis de nombreuses années et s’intéresse autant au XV qu’au Sevens.

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