OM : un club à vendre très vite

Une effervescence que l'on ne trouvera que pour le football

Avec le lancement d’une procédure de licenciement pour faute grave intentée à l’encontre de Michel, l’entraîneur de l’OM, et l’éviction possible de Vincent Labrune de son poste de Président, les propriétaires du club accélèrent dans le pour vendre le club. Retour sur un processus initié depuis un an.

Depuis le début de saison et le recrutement effectué en partie avec l’appui de Doyen Sport, l’effectif marseillais a été reconstruit autour de nombreux joueurs libres ou en prêt (Isla, Silva…)  engagés pour un seul exercice (Diarra, Diaby). Une manière de réduire la masse salariale et d’offrir aux acquéreurs intéressés, la possibilité de prendre le club sans supporter un capital joueurs trop contraignant financièrement. Assurément l’étape première vers la vente de l’OM, associée à la reprise des abonnements par le club, dévolue autrefois aux associations de supporteurs

Un nouveau staff technique sans exigence et voué à rester intérimaire

Après le départ de son entraîneur Marcelo Bielsa, dont on sait aujourd’hui qu’il a aussi à voir avec le processus de cession mis en place, Michel, un entraîneur au CV moins éloquent, a été installé. Avec des conditions claires : un salaire moindre, des demandes moins conséquentes à tous niveaux, un staff diminué et un accord de principe sur les restrictions du club et les prérogatives de Vincent Labrune en terme de recrutement. Tout est dès lors en place pour avancer. En effet, en coûtant et en exigeant moins à tout point de vue, l’équipe technique se contente de jouer un rôle intérimaire, d’autant que les qualités de communiquant du nouvel entraîneur olympien rassure sa direction et sa propriétaire, soucieux de valoriser médiatiquement le club du mieux possible, pour enclencher le processus de vente.

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Vincent Labrune et Margarita Louis-Dreyfus recherchent un investisseur pour l’OM.

Une annonce de vente à prix négociable: il faut sauver ce qui peut l’être

Problème : le sportif n’est pas à la hauteur du standing du club depuis le début de la saison. L’attractivité de l’OM chute en même temps que son classement (15ème pour le 4ème budget français) et ses revenus de billetterie. Les supporteurs se font entendre bruyamment et la pression médiatique s’accroît. Une complication supplémentaire pour la propriétaire Margarita Louis Dreyfus. Une solution radicale est retenue par ses conseillers: vendre au plus vite, quitte à bousculer le club et à dévaluer l’actif. Avec un objectif: limiter le plus possible, les pertes potentielles liées aux moindres performances sportives (droits télévisés), à la baisse des revenus du club (produits dérivés, billetterie).

« Je comprends la frustration de ne pas voir l’OM pouvoir être compétitif à ce niveau et je vous informe que j’ai pris la décision de céder le club au meilleur investisseur possible pour le long terme »
Margarita Louis Dreyfus

Dès lors, le communiqué  sort le 13 avril dans la presse, soulignant pour la première fois, ce que tout le monde sait: l’imminence et l’urgence d’un désengagement. Avec une valorisation estimée à 218 658 840 € par Forbes et un coût de 100 millions d’euros à l’achat, l’OM reste une bonne affaire, d’autant que publiquement, Marguarita Louis Dreyfus annonce que le prix ne sera pas un problème. Elle souligne son intention de céder au plus vite l’actif olympien, tout en le conditionnant à la capacité du repreneur à faire face à des exigences sportives et financières fortes. Ou comment apaiser la colère des supporteurs et diminuer la tension qui anime la classe politique marseillaise pour laquelle l’OM reste un enjeu majeur en termes de visibilité, de retombées et de coûts pour la collectivité (redevances à payer pour le nouveau Vélodrome).

Un déficit colossal à combler, une gouvernance à reconstruire

Hélas, les repreneurs ne se bousculent pas pour plusieurs raisons majeures: L’OM n’est pas propriétaire de son stade et le club est dépendant de l’association, très politique, qui gère son droit d’immatriculation professionnelle. Un premier obstacle pour un acteur donc il sait qu’il ne pourra pas tout faire. Ensuite, le déficit structurel pour la saison actuelle promet d’être abyssal (55 millions de déficit structurel en 2015, 30 à 40 millions en 2016) et les pertes de se chiffrer à plusieurs dizaines de millions d’euros.

D’où la nécessité de bien vendre le peu d’actifs joueurs (121 millions d’euros) ayant encore une certaine valeur sportive et financière (Michy Batshuayi). Enfin, dernier problème et non des moindres, la direction menée par Vincent Labrune est en conflit avec son actionnaire et avec les supporteurs. Ce qui pose la question d’une gouvernance de l’OM inopérante et du risque de débordements dans le contexte marseillais actuel.

Président de l'Olympique de Marseille
Vincent labrune, président de l’OM

Faire table rase et partir à n’importe quel prix ?

Face à l’ampleur du défi, une seule possibilité a été retenue: préserver le sportif en se séparant de Michel, l’entraîneur en place, pour éviter une relégation financièrement catastrophique en Ligue 2 et cela à moindre frais. En l’accusant de faute grave et en le licenciant, les conseillers de la propriétaire s’assurent de passer devant la juridiction des prud’hommes mais ils ne versent rien pour l’instant. Le risque d’indemnités lourdes est certes non négligeable (1,6 millions d’euros) mais il est repoussé dans le temps et fera probablement l’objet de négociations ultérieures.

D’autre part, c’est en changeant tout l’organigramme, que l’actionnaire souhaite calmer la fronde des supporteurs. En effet, en plaçant deux figures du club et de ses glorieuses années sur le banc (Franck Passi et Basile Boli), le secteur sportif apparaît stabilisé. Quant à l’hypothèse d’un remplacement de Vincent Labrune, le Président honni, par Xavier Giocanti, compagnon de Christine Lagarde et figure corse des Bouches du Rhône, c’est la paix des braves que l’on pourrait assurer, malgré le démenti de Margarita Louis Dreyfus.

A l’approche du match contre Sochaux, pensionnaire de Ligue 2, en demie finale de Coupe de France, les solutions extrêmes sont parfois les seules à prendre, surtout si l’on souhaite vendre…

Jean-Baptiste Guégan

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