Flèche Wallonne : tremble Mur de Huy !

La légende s'écrit maintenant, dans le dernier kilomètre du mur de Huy.

La Flèche Wallonne est une épreuve à part. Malgré une dizaine de difficultés répertoriées, tous n’en attendent qu’une seule: Le Mur de Huy, un final d’1,3 km, une élévation terrible pouvant atteindre 26 % de dénivelé. Mais jamais ce petit bout de bitume n’aura été à une période aussi charnière de son existence, entre bras de fer économique et politique.

Fan de vélo, vous n’allumerez certainement votre téléviseur qu’au Mur de Huy. Un nom excitant, où l’imaginaire convoque Alejandro Valverde levant les yeux face aux pourcentages qui restent à affonter. La Flèche Wallonne, c’est un mythe, membre de la trinité ardennaise avec l’Amstel Gold Race et le Liège-Bastogne-Liège. Mais pour créer pareille légende, il a fallu inventer le « Mur de Huy » et le nommer. Initialement le Chemin des Chapelles n’est qu’un lieu de pèlerinage religieux. Les six chapelles qui l’émaillent font partie du patrimoine immobilier de Belgique et c’est la Flèche Wallonne qui lui donne son sens.

Pour la ville de Huy, commune de Liège, la Flèche Wallonne est ainsi rapidement devenue économiquement essentielle. Par ses retombées, elle permet à la commune de rester aux petits soins avec son patrimoinetout en vivifiant le commerce local. Ainsi, depuis le premier trimestre 2016, les équipes municipales de la commune s’affairent-elles pour faire de la Flèche Wallonne une réussite…

ASO propriétaire, le Mur de Huy, otage de la lutte avec l’UCI

La légende du final atypique à Huy est récente. En 1983, Bernard Hinault l’inaugure. Avant de voir Laurent Fignon, Criquielion, Jalabert ou encore Armstrong s’y imposer. Depuis 1993, Amaury Sports Organisation, propriétaire du Tour de France, possède les droits de la Flèche Wallonne et il n’a jamais été question de toucher à son final tant il sert ses intérêts, grâce à sa dramatique médiatisation. Dans un premier temps, les médias ont accablé la Flèche Wallonne, se résumant à cet interminable Mur qu’il faut dompter. Il en est allé de même pour les spécialistes qui se plaignent de ce format anti-sportif où les coureurs se planquent jusqu’au kilomètre fatidique. Et pourtant Huy s’est imposé !

Pourquoi focaliser sur le Mur de Huy et faire de la Flèche Wallonne, la course d’une seule difficulté ? C’est parce que ce tragique final sert la stratégie marketing d’ASO dans son bras de fer avec l’Union Cycliste Internationale. Devant l’hégémonie d’ASO pour l’organisation des courses Pro Tour (Paris-Nice, Liège-Bastogne-Liège, Critérium du Dauphiné, Tour de France, la Vuelta etc.), l’UCI désire que chaque circuit du calendrier international apporte des points aux équipes Pro Tour. Or, ASO a rejeté en partie cette réforme : d’ici 2017, il y aura un circuit mondial alternatif avec les courses d’ASO et la Flèche Wallonne en fera partie. Avec une logique simple : Pas de Flèche Wallonne, pas de Mur de Huy. Pas de Mur de Huy, pas de Bernard Hinault, de Gilbert ou de Valverde au palmarès. Le mur de Huy est un symbole, un mythe du cyclisme, aujourd’hui pris en otage.

Le mur de Huy, le mur des politiques

En France, les politiques aiment s’afficher dans les stades de football. En Belgique, surtout dans la région liégeoise terre de vélo, ce sont plutôt les courses cyclistes qui attirent. Entre la passion du sport et l’exercice du pouvoir, le conflit d’intérêt n’est jamais loin. Depuis 1983, Huy, localité de métallurgie, est historiquement une ville du Parti Socialiste local et cela a son importance.

Si l’arrivée à Huy est une citadelle imprenable, la ville de départ est itinérante depuis 2013. Hasard ou non, il y a alternance entre la gauche et le parti centriste : Binche (PS) en 2013, Bastogne (cdH) en 2014, Waremme (PS) en 2015 et Marche-en-Famenne cette année (cdH). Si cette alternance n’a rien d’officiel, elle sous-entend néanmoins un certain poids des politiques dans les choix d’organisation. Si, en 2017, tout explose avec l’UCI, ASO trouvera certainement un moyen d’instrumentaliser autrement la Flèche Wallonne. Et cela passera certainement par une remise en cause du simple final du Mur de Huy. Au risque de voir les responsables politiques locaux si désireux de crépiter sous les flashs, faire entendre leur voix auprès d’ASO.

Pendant que les secrets d’alcôve sont étouffés par la foule qui se masse dans le Mur de Huy, dans quelques instants, le nom du vainqueur aura résonné. Alejandro Valverde aura réussi à être le seul coureur à remporter quatre fois cette course. Pour écrire sa légende et renforcer plus encore celle du Mur de Huy.

Enzo Djebali et Jean-Baptiste Guégan

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