Velon, Infront, UCI: l’avenir du cyclisme?

Cyrille Guimard, un passé glorieux et une qui porte dans le monde du cyclisme
Cyrille Guimard, un passé glorieux et une voix qui porte dans le monde du cyclisme

Dans la longue liste des difficultés rencontrées par le cyclisme professionnel, la question de la gouvernance du vélo demeure problématique. Plus que le dopage chimique ou technologique, son devenir inquiète, entre la privatisation menée par Velon et l’incapacité de l’UCI à réguler. L’occasion de donner la parole à Cyrille Guimard, celui que l’on a surnommé « le druide », un observateur resté attentif aux évolutions de son sport.

Ancien cycliste professionnel et directeur sportif à succès (Renault, Système U, Cofidis), Cyrille Guimard pose un regard sans complaisance sur le cyclisme actuel et son organisation. Ainsi met-il en doute la bonne volonté de l’Union Cycliste Internationale (UCI), avec la verve qu’on lui connait. « L’UCI rencontre le même problème que d’autres fédérations internationales régissant d’autres sports, assène l’ancien sprinteur contrôlé positif lors du Tour de France 1974. Son fonctionnement est tout sauf démocratique, car elle fonctionne en réseaux et lobbys puissants. Impossible de déclencher un audit sur les fraudes aujourd’hui, car il faudrait l’assentiment de la majorité, c’est à dire des 2/3. De plus, comment voulez-vous que les choses avancent dans le bon sens lorsque ces mêmes fédérations sont en charge de la lutte contre le dopage ? Il faut des instituts indépendants. Quelle fédération souhaiterait se mettre à dos ses propres cyclistes et ternir leur image alors qu’ils la font vivre. » 

Velon, alternative, concurrent ou adversaire de l’UCI ?

Velon, une nouvelle manière d'appréhender le cyclisme professionnel
Velon, une nouvelle manière d’appréhender le cyclisme professionnel

Mais plus que l’UCI dont l’impuissance semble être structurelle, c’est Velon qui cristallise les inquiétudes de l’ancien patron de Bernard Hinault et Laurent Fignon. Lancée fin 2014, cette structure privée interpelle en effet quant à ses ambitions réelles. Composée de 11 équipes du World Tour, elle entend promouvoir le dialogue avec les institutions du cyclisme, sans vouloir a priori empiéter sur les prérogatives de l’UCI. Pourtant, Cyrille Guimard n’est pas dupe. Et le récent partenariat de Velon avec Infront confirme ses craintes.

« Avec Velon, nous arrivons au bout d’une évolution entamée il y a une dizaine d’années. Menée par les grands groupes, les grandes formations telles Tinkoff et la Sky, notamment. Son but est de parvenir à un circuit fermé, un environnement qui s’auto-alimente », détaille l’ancien directeur sportif de Castorama avant d’ajouter « Le pouvoir de tout maîtriser à l’intérieur de ce cercle, c’est ce qu’il recherche ». A l’instar de ce que connait le basket européen et les tentations du football professionnel, le cyclisme est à un tournant de son histoire.

L’objectif de Velon ? Tout récupérer et tout contrôler.

Dans cette optique, comment imaginer l’évolution des relations entre cyclistes, équipes, sponsors et médias au sein de ce nouvel environnement ? « L’objectif d’une équipe, aujourd’hui, c’est de construire une image, développer une notoriété, afin d’obtenir un retour sur investissement minimum d’environ 100 millions à la fin de l’année », explique Cyrille Guimard.

AG2R La Mondiale, qui investit à hauteur de 10 millions dans son équipe professionnelle, peut compter en retombées et en exposition médiatiques sur l’équivalent de 93 millions d’euros d’achats d’espaces publicitaires, à l’occasion du seul Tour de France. Comme ce fut le cas en 2009. « Reste que la communication se fait toute l’année avec des épreuves, certes, moins prestigieuses que le Tour, mais qui permettent de rester à la une de l’actualité toute l’année » précise le consultant de Cyclism’Actu. Dans la lignée des propos tenus l’an passé par Oleg Tinkov appelant au boycott du Tour, la stratégie de Velon prend tout son sens.

Velon et le rêve d’une ligue fermée pour le cyclisme

« L’objectif du circuit fermé mis en place par Velon est de récupérer la mise de départ, de faire des bénéfices si possible en récupérant les droits télévisuels qui appartiennent aux organisateurs et, enfin, d’imposer des primes de départs. Dans un tel cadre, les contrôles antidopage n’existeront peut-être même plus. » D’où une franche hostilité de la part des équipes les plus fragiles et des coureurs, sans oublier ASO et RCS, les principaux organisateurs de courses cyclistes aujourd’hui. La perspective d’une ligue fermée à la manière des sports américains priverait en effet ces opérateurs historiques du cyclisme, d’une rente conséquente et plus sûrement d’un levier considérable dans toutes leurs autres activités (presse, gestion de droits, organisation, partenariat…).

Et le spectateur de cyclisme dans tout ça ? Quel avenir pour celui qui se déplace sur les routes, suit les critériums et vit sa passion au plus près des coureurs ? « Il ne sert plus à rien, il est devenu gênant aujourd’hui. Celui qui intéresse c’est le téléspectateur, afin de doper les audiences », achève d’expliquer Guimard. Une bien triste perspective pour le cyclisme…

Quentin Migliarini et Jean-Baptiste Guégan

Quentin Migliarini est diplômé de l’ESJ Paris en Master Journalisme sportif, il a travaillé au Figaro, Reuters et collabore avec IDalgo, agence numérique spécialisée dans le sport.

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