Dopage technologique: tricher autrement

dopage technologique

Méconnu il y a peu, le dopage technologique a supplanté son ancêtre chimique au sein du peloton cycliste. A tel point qu’aujourd’hui les avancées en la matière échappent complètement aux instances d’une Union Cycliste Internationale (UCI) trop impuissante.

Le basketteur Matthew Dellavedova, meneur des Cleveland Cavaliers, a été rappelé à l’ordre par la NBA le 7 avril dernier parce qu’il portait en match officiel, un appareil électronique, The Whoop, dissimulé sur son bras droit, sous une bande de maintien. Le jour même, il réalisait l’une des pires prestations de sa carrière au tir, échouant  sur l’ensemble de ses tentatives (0/6) lors des 17 premières minutes de la partie. Coïncidence ou non, le joueur des Cavaliers était bras nu ce soir-là. Contacté par nos soins, Kevin Blackistone, journaliste pour ESPN, n’y voit pas là matière à polémiquer. « Il ne s’agit pas d’une technologie de pointe agissant de telle façon sur la performance qu’on puisse considérer cela comme de la tricherie. Il n’est pas question, dans ce cas précis, d’un remplacement de la rétine, par exemple. » En réalité, l’appareil dont il s’agit est utilisé dans le seul but de suivre les évolutions de la fréquence cardiaque ou la température du corps. Il n’empêche, il n’en fallait pas davantage pour que le spectre du dopage technologique dans le sport ne resurgisse après l’affaire de la jeune cycliste belge prise en flagrant délit lors des derniers mondiaux de cyclo-cross de Zolder.

« Le dopage technologique ? Une évolution naturelle »

Cyrille Guimard, un passé glorieux et une qui porte dans le monde du cyclisme
Cyrille Guimard, un passé glorieux et une qui porte dans le monde du cyclisme

Le dopage technologique a déjà frappé de nombreuses disciplines récemment, au premier rang desquelles figure le cyclisme. « Une évolution tout à fait naturelle, selon Cyrille Guimard, ancien sprinter professionnel contrôlé positif à deux reprises et directeur sportif de Roubaix – Lille Métropole. C’est l’histoire qui veut cela. »

Depuis la polémique entourant Fabian Cancellara lors du Tour des Flandres 2010, le peloton est soupçonné de faire appel à des moteurs, dissimulés dans le vélo, afin de gagner entre 50 et 100 watts (selon la qualité du matériel utilisé).   Un « fantasme », selon le dirigeant de la FDJ, Marc Madiot, devenu pourtant réalité lors de l’épreuve féminine Espoirs des Championnats du monde de cyclo-cross de Zolder, fin janvier. 

A cette occasion, la Belge Femke Van den Driessche était rattrapée par la patrouille, pour usage prohibé d’un moteur tubulaire – un dispositif breveté et commercialisé il y a une petite dizaine d’années. Ce qui ne manqua pas de provoquer l’ire de Brian Cookson, l’actuel patron de l’UCI : « Ce que nous avons découvert est un signal clair. Souvent, on riait en évoquant ce dopage mécanique mais maintenant, on sait que des coureurs utilisent de tels procédés, ou les ont utilisés ». Contraint de revenir sur ses propos devant les faits, Marc Madiot déclara alors que le dopage technologique touchait « au mythe du coureur cycliste et à nos légendes », et rangerait désormais pour la presse, le vélo dans la rubrique des sports mécaniques… 

L’usage d’un moteur dissimulé par Greg Lemond

Un dopage technologique à deux vitesses

Un aveu d’impuissance volontaire et un véritable écran de fumée, selon nos informations, qui rejoignent les révélations faites par la Gazzetta dello Sport. C’est bien ce dispositif, commercialisé par deux enseignes en France, dont Cycles Duret à Argent-sur-Sauldre, qui a été utilisé par la cycliste belge. Le système, composé d’un moteur dans le cadre, et d’un engrenage dans le pédalier, actionné depuis le guidon, peut coûter jusqu’à 3.000 euros selon la puissance du moteur, nous indiquait Franck Duret, responsable de l’enseigne, par téléphone. De source sûre, un cycliste professionnel doit lui débourser 40.000 euros environ. Qualifié de « dopage du pauvre », par une source anonyme particulièrement renseignée sur ce sujet, dans les colonnes du quotidien italien, le moteur tubulaire a laissé place à une technologie bien plus avancée.

Une illustration éclairante du site Sport24 du Figaro.fr sur les roues aimantées
Une illustration éclairante du site Sport24 du Figaro.fr sur les roues aimantées

Car désormais, tout se passe dans les roues. L’UCI ayant adapté son dispositif avec des contrôles de chaleur visant à détecter les moteurs en question, ils sont devenus obsolètes. Deux autres systèmes se sont ainsi imposés. Les roues à récupération d’énergie, un système calqué sur le volant d’inertie employé en F1 pour stocker l’énergie au freinage. Et Les roues aimantées. Equipées de capteurs placées dans les jantes en carbone, elles peuvent être actionnées à distance. A 200 000 euros la paire selon la Gazzetta dello Sport, ce dopage a un coût. Ce qui conduit selon nos informations toutes recoupées, à faire le constat d’un dopage technologique à deux vitesses.

Les formations et les cyclistes les mieux dotés parviendront toujours à avoir un coup d’avance sur la concurrence et la lutte antidopage, tandis que les plus modestes d’entre eux conserveront une longueur de retard en la matière. Un sempiternel recommencement, déjà observé lors des grandes heures du dopage chimique des années Festina et du règne de Lance Armstrong. Au point de se demander devant tant d’impuissance si l’intérêt de tous, n’est pas de privilégier le spectacle à son éthique

Lien vers le reportage de Stade 2 du 17 avril 2016 à venir

Quentin Migliarini et Jean-Baptiste Guégan

Quentin Migliarini est diplômé de l’ESJ Paris en Master Journalisme sportif, il a travaillé au Figaro, Reuters et collabore avec IDalgo, agence numérique spécialisée dans le sport.

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