Kobe Bryant aux Lakers, le jour d’après

Passation de pouvoir entre deux légendes du jeu: le vétéran Bryant et l'avenir de la NBA, Stephen Curry.
Passation de pouvoir entre deux légendes du jeu: le vétéran Bryant et l’avenir de la NBA, Stephen Curry.

Kobe Bryant a mis fin à sa carrière. Un dernier match d’exception, une victoire pour le Black Mamba, et le voilà qui tire sa révérence à Los Angeles sur une ultime question : comment reconstruire les Lakers après le départ de son franchise player emblématique ?

5 titres NBA, 3ème marqueur de l’histoire en NBA avec plus de 33 000 points inscrits en carrière, Kobe Bryant a réussi sa carrière sportive. Laissant son empreinte sur le jeu, il a assuré la transition entre la nouvelle génération et celle de la Dream Team des Magic Johnson, Karl Malone et Michael Jordan. Et cela lui a été profitable…

Avec un salaire annuel de 26 millions de dollars, doublé par les revenus générés par ses autres contrats, Kobe Bryant est le troisième basketteur le mieux payé de NBA derrière Lebron James et Kevin Durant. Dixième au classement Forbes des sportifs professionnels les mieux rémunérés, ses gains sont estimés à plus de 328,2 millions de dollars pour ses talents de joueur et à plus du double pour ses actions hors terrain (680 millions de dollars). Ses gains en carrière sont liés à l’explosion des droits télévisés et revenus marketing de la NBA depuis 20 ans et à l’exposition médiatique de la franchise de Los Angeles – autant de révélateurs de la mondialisation du basket américain.

Or, depuis le titre de 2010, chaque saison des Lakers avec Kobe Bryant ressemble à celle de trop. Sans omettre une concurrence accrue, portée par Lebron James ou les San Antonio Spurs, le crépuscule sportif du N°24 et le poids conséquent de son salaire coïncident avec la déliquescence de la franchise californienne. L’heure est donc à la reconstruction.

Le Staples Center des Los Angeles Lakers, cœur des exploits du nouveau retraité, Kobe Bryant
Le Staples Center des Los Angeles Lakers, cœur des exploits du nouveau retraité, Kobe Bryant

Des marges de manœuvre financières nouvelles face à la concurrence des Warriors et des Clippers

Le Farewell Tour de Kobe Bryant a eu un mérite: remplir le Staples Centers et améliorer la profitabilité des Los Angeles Lakers. Le stade angelinos a généré 537 millions de dollars de recettes – une première – et le revenu net d’exploitation n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire de la franchise (133,4 millions de dollars), loin devant l’année record 2014 (106 millions de dollars).

La fin de la luxury tax acquittée pour Kobe Bryant et celle des « contrats poubelle » de l’effectif est une autre bonne nouvelle pour les Lakers. Avec un effectif de dix joueurs sur 15 en fin de contrat, la franchise économisera plus de 50 millions de dollars pour une masse salariale fixée par la NBA, à 70 millions la saison prochaine.

Une aubaine en terme de recrutement et une bénédiction financière pour une franchise  sportivement enlisée depuis que le Black Mamba décline. La retraite du franchise player soulage donc l’état major des Lakers, qui fait face à la double concurrence des Los Angeles Clippers dans leur zone de chalandise, et à la croissance en Californie du voisin de San Francisco, les Golden State Warriors des Splash Brothers (Stephen Curry et Klay Thompson).

L’explosion des revenus et des droits télévisés, une autre bonne nouvelle pour les Lakers et leurs propriétaires

Avec une valorisation estimée à 2,6 milliards de dollars en progression de 93% en un an, la franchise californienne des Los Angeles Lakers a donc tout de la bonne affaire dans un contexte de forte croissance des droits télévisés (19 milliards d’euros sur 9 ans versés par ESPN, TNT, ABC). Mais le leadership économique et la valorisation des Lakers restent fragile. Au jeu des valorisations, son rival des Los Angeles Clippers, cinquième avec 1,6 milliards de dollars, s’impose comme un compétiteur sérieux. Steve Ballmer, ancien patron de Microsoft et actuel propriétaire des Clippers, n’a de cesse d’affirmer qu’ils seront dépassés d’ici deux ans s’ils ne retrouvent pas une véritable compétitivité sportive.

Parfaite illustration de ce constat, le nouvel outil utilisé pour estimer la valeur des franchises : le rapport victoire / coût par joueur. À ce jeu là, le ratio des Lakers est le plus faible de la NBA, avec un score de 48, le plus faible de tous les temps. Loin derrière le score des Golden State Warriors (213). jusqu’alors les Los Angeles Lakers payaient trop chers pour gagner.

Le départ de Kobe Bryant leur offre donc la possibilité de rentrer dans une nouvelle ère vertueuse en renouvelant leur 5 majeur, tout en profitant de leurs marges financières actuelles. Pour gagner à nouveau et conserver leur attractivité, deux objectifs se dessinent pour les Lakers : recruter des « agents libres » de valeur et profiter du top 3 de la draft,  ce  système égalitariste qui offre aux équipes les moins bien classés de retenir les jeunes talents les plus prometteurs entrant en NBA.

La prospérité de la franchise est à ce prix car la compétitivité sportive des Los Angeles Lakers en est la clef. Le long supplice de Jack Nicholson au Staples Center est peut-être sur le point de s’achever…

Jean-Baptiste Guégan et Enzo Djebali

Enzo Mordehaï Djebali est un statisticien fan de football, il travaille comme conseiller avec une agence de joueurs et de détection de talents. il suit par ailleurs une formation en Master journalisme sportif à l’ESJ Paris.

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