Le PSG aujourd’hui: rêvons moins grand

A la veille du quart de finale face au PSG, Manchester City dévoile son modèle économique.
La défaite du PSG et son élimination face à Manchester City sonnent-ils le glas du projet qatari ?

Il est des défaites amères qui remettent tout en cause. L’élimination du PSG en quart de finale est de celle-ci, tant elle place dirigeants, staff technique et joueurs face à leurs insuffisances. Ainsi va le football qui emporte le souvenir des trophées passés et bouleverse l’avenir. Retour sur une déroute qui appelle un changement profond dans le projet qatari.

Après un nul à Paris et une défaite au terme d’un match inexplicable à Manchester, le PSG version QSI s’est retiré de la scène européenne, dépité et grogi. Son entraineur, Laurent Blanc, et ses joueurs ont failli. Ratant une nouvelle fois l’accès aux demies finales de la Ligue des Champions, son pari tactique et son choix d’hommes sur la confrontation aller-retour avec Manchester City, ont viré au fiasco sportif. Face à l’une des plus médiocres oppositions des quarts de finale, le Champion de France et ses 480 millions d’euros de budget (4ème mondial) ont gâché leur chance de donner une véritable dimension à l’aventure portée par Nasser Al-Khelaïfi au nom de l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani.

Le choc de la défaite est ainsi à la hauteur de l’engouement suscité par le PSG cette saison et tourne au désastre aussi bien politique, médiatique que sportif.

Laurent Blanc, fragilisé par l'élimination du PSG face à Manchester City
Laurent Blanc, fragilisé par l’élimination du PSG face à Manchester City

Une élimination qui remet tout en cause ?

Perdre face aux forces du projet émirati de Manchester City est un désaveu sur fond de lutte régionale et géopolitique. Mais plus que la défaite face au rival du Golfe Persique, c’est l’indignité sportive de la réponse apportée qui inquiète. Elle fragilise le projet du PSG en termes d’exposition sportive et de valorisation médiatique. La défaite, si elle est normale dans le sport, associe Paris à un cap qu’il ne parvient à franchir depuis trois saisons, l’empêchant d’atteindre le club fermé des plus grands clubs du monde qui compte le Real Madrid, le Bayern Munich ou le FC Barcelone. Autant de clubs qui devancent le PSG en termes d’exposition numérique, de budget et de revenus marketing et sponsoring.

Repoussant aux saisons prochaines les perspectives d’une victoire dans l’épreuve reine du football de clubs, l’élimination est dure à accepter  car elle va nécesseraiment restreindre l’attractivité du PSG sur le marché des transferts et ralentir son développement auprès de ses potentiels sponsors et partenaires. Car en sport, la règle est aussi simple que cruelle : the winner takes all !

Thiago Silva et la confiance du capitaine parisien
Thiago Silva, capitaine du PSG et leader d’un club à reconstruire

Reconstruire pour gagner et espèrer à l’avenir

  • Une équipe en fin de cycle à rebâtir

Les titulaires alignés par Laurent Blanc ont failli malgré la confiance qui leur était accordée et le haut niveau d’investissement consenti en transferts et salaires. Angel Di Maria, Edison Cavani, Zlatan Ibahimovic, Thiago Motta n’ont pas montré une capacité à être décisif égale à leur valorisation. Il en va de même de certains absents qui à l’orée du printemps, ont décliné (Blaise Matuidi, Maxwell, Van Der Wiel), se sont égarés (Serge Aurier) ou se sont blessés (Marco Verrati). Si l’on ajoute à cela, les fins de contrat et l’âge de certains, le PSG doit se régénérer et se préparer à assumer la fin du premier cycle de lère qatarie. Il faudra donc comme l’a dit pudiquement Nasser Al-Khelaïfi réfléchir pour savoir comment aller plus loin”. Une manière de dire que le PSG sera probablement très actif et dépensier sur le marché estival des transferts, en espérant un ou plusieurs top players comme Neymar et d’autres joueurs de devoir et de valeur comme Lassana Diarra. C’est le seul moyen de montrer en dehors des résultats, tout l’ambition du projet qatari au PSG.

  • Construire un banc, une priorité

L’absence de trois cadres (Motta, Verrati et Matuidi) a suffi à dépeupler un effectif pourtant parmi les plus forts de l’histoire de la Ligue 1 et les plus chers d’Europe. En effet, cette élimination tout comme le précèdent match à Chelsea rappellent férocement l’absence parmi les remplaçants potentiels, de joueurs d’un aussi grand talent que les titulaires attendus. La présence du jeune Adrien Rabiot tout comme celle de Serge Aurier en sont des exemples. L’inexpérience domine et à ce niveau de budget et d’investissements, elle est autant un frein que la marque d’une défaillance de la structure d’encadrement et de recrutement du PSG. Elle n’a pas su palier des absences prévisibles, remplacer Lavezzi ou densifier son effectif lors des mercatos d’été et d’hiver. Le staff de Laurent Blanc doit l’assumer et devra y remédier pour continuer à professionnaliser une cellule de recrutement en pleine révolution.

  • Un staff technique fragilisé par ses choix et l’absence d’un projet de jeu réaliste et alternatif

Les choix de Laurent Blanc ont interpellé. Ils ont rappelé ses faiblesses tactiques, son absence de projet de jeu alternatif  autant que sa capacité à changer la face d’un match par ses compositions et ses (absences de) remplacements. Contre Chelsea, l’affrontement tactique perdu face à Guus Hiddink avait été occulté par la qualification. Confronté à Manuel Pellegrini, ses options et l’inefficacité de ses options ont montré ses limites. Même s’il a été prolongé jusqu’en 2018 et qu’il multiplie les trophées domestiques, cette défaite dont il assume avec intelligence et honnêteté la responsabilité, rappelle qu’il n’est pas dans le top 8 des meilleurs entraineurs du monde. Un nouveau triplé en France n’y changera rien. Pour franchir un cap et donner sa pleine ampleur à son projet, le Qatar devra choisir : soit le remplacer et payer ses indemnités, soit l’encadrer et plus étroitement.

  • Une direction et un organigramme qui posent question

L’absence claire d’un directeur sportif depuis le départ de Léonardo est un problème à Paris. En dehors d’Olivier Létang qui en occupe les fonctions et dont les qualités ne sont pas à remettre en cause quand on sait son travail de l’ombre, ce vide relatif laisse une trop grande responsabilité à Nasser Al-Khelaïfi. Or, ce dernier n’est pas disponible à 100% pour le PSG. Ses attributions nombreuses et la confiance de l’émir du Qatar en font un homme fort du royaume avec ce que cela implique en termes d’agenda et d’engagements extérieurs. Dès lors, une réflexion s’impose pour les dirigeants qatariens : comment structurellement améliorer l’organisation sportive du PSG sans la dénaturer ?

  • la quête d’un nouveau storytelling pour un nouvel espoir

Après une telle désillusion, le PSG va devoir continuer à séduire. Cela va devoir passer par une politique ambitieuse à la fois en termes de recrutement mais aussi de communication. Le travail des équipes de Jean-Claude Blanc ne sera pas mince tant l’échec est dur à assumer. Le slogan Rêvons plus grand  a vécu. Il va falloir reconstruire autour d’une nouvelle identité, d’une nouvelle équipe potentielle et d’un nouvel espoir. Une nouvelle campagne marketing globale autour des nouvelles figures du PSG, celles de demain, apparait aussi inévitable que déterminante.

Jean-Baptiste Guégan

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