Roland Garros: la FFT à la croisée des chemins

Roland Garros, enjeu majeur du tennis français
Roland Garros, l’avenir du tennis français

A un an seulement des élections présidentielles de la FFT, la crise couve sur fond de soupçons de malversation et d’une énième suspension du projet de modernisation de Roland Garros. Le tennis français doit-il se repenser ? Lionel Maltese, professeur associé Kedge Business School, Maître de conférence et consultant pour l’ATP, nous livre quelques pistes de réflexion.

Le changement au sein du tennis français est-ce pour maintenant ? En février 2017, se tiendront les élections censées dessiner le nouveau visage de la direction fédérale dans l’hexagone. Pour l’heure, le parquet national financier a ouvert le 19 mars une enquête préliminaire, à la suite d’un signalement sur des soupçons de malversations et de trafic d’influence au sein de la Fédération française. Un scandale supplémentaire qui s’ajoute à la nouvelle suspension par le tribunal administratif du projet de modernisation de Roland-Garros. Un écueil de taille quand on sait l’impact du Grand Chelem parisien sur l’environnement économique du tennis français.

Une étude du BIPE (cabinet de conseil en analyse stratégique), commanditée par la Fédération Française de Tennis (FFT) en 2013, mettait en lumière la quasi dépendance du tennis hexagonal vis-à-vis de son tournoi du Grand Chelem. Ainsi, sur les 2,2 milliards de chiffre d’affaires dégagés par la FFT, Roland Garros y contribuait à hauteur de 452,9 millions d’euros. En 2012, le tournoi générait à lui seul 289 millions de PIB annuel, somme qui bénéficiait, par ailleurs à l’agglomération parisienne à hauteur de 277 millions d’euros. Une manne largement réinjectée dans la vie du tennis français puisqu’elle sert essentiellement à maintenir et financer les ligues régionales et comités départementaux, piliers du développement de la pratique amateur sur le territoire. Dès lors, se pose la question de la bonne santé du tennis français alors que le retard pris dans la livraison du nouveau Roland-Garros devient considérable. L’horizon 2017 promis en 2011 étant désormais inatteignable, l’heure est à l’urgence.

La prestation de relation publique comme modèle économique

Le tennis de notre pays doit-il se réinventer ? Son fonctionnement être bouleversé ? En 2013, Jean Gachassin, le Président de la FFT, craignait pour la survie du tennis français en cas d’échec du projet de modernisation de Roland-Garros. Arguant que la France avait un retard considérable, notamment en termes d’infrastructures, sur les trois autres tournois de sa catégorie (Wimbledon, US Open, Open d’Australie). Etait-il un peu trop alarmiste ? « Non, absolument pas », répond Lionel Maltese, professeur associé à Kedge Business School, conférencier à l’université d’Aix-Marseille et consultant pour l’ATP.

« A titre personnel j’avais opté pour le projet de Versailles, maintenant que nous avons choisi de rester sur le site historique, posons-nous les bonnes questions, développe-t-il au sujet de Roland-Garros. Le modèle économique doit être basé sur les ressources du tournoi, par rapport aux évolutions du spectacle sportif. Le spectacle sportif joue toujours un rôle prépondérant, mais il ne suffit plus aujourd’hui. Il faut proposer autre chose, car dans le sport moderne, la plupart de nos voisins ont une longueur d’avance. »

Impliqué dans les prochaines élections aux côtés de Bernard Giudicelli, actuel secrétaire général de la Fédération Française de tennis, Lionel Maltese suggère au tournoi parisien de se concentrer sur ce qui fait sa force, la marque Roland-Garros et l’image de Paris. « Il n’y aura jamais de culture allemande de la pratique du sport en France. Laissons également à Wimbledon le côté traditionnel, la valeur ajoutée du projet parisien, c’est la prestation de relations publiques. » Autrement dit, plus de conforts, d’espace de vie, de services. « VIPiser » Roland-Garros, tel est le souhait de Lionel Maltese. Un objectif affiché par l’actuel direction du tournoi, auquel l’universitaire convient. « Les idées sont là, tout le monde sait ce dont Roland-Garros a besoin, encore faut-il le faire.»

Une gouvernance à revoir pour le tennis français

“ La vraie question est la suivante : Pourquoi n’y arrive-t-on pas ? » poursuit Lionel Maltese. A ce sujet, l’association des compétences, exigée par une organisation sportive comme la FFT, fait défaut. « N’est pas Jean-Claude Blanc qui veut », concède Lionel Maltese, en faisant référence au Directeur Général du PSG, grand artisan de la réussite actuelle du club parisien.

Malgré ses qualités évidentes sur le plan sportif, Guy Forget, récemment intronisé à la tête de Roland-Garros en lieu et place de Gilbert Ysern, n’a pas les compétences de Ion Tiriac (ancien joueur et homme d’affaires roumain, manager du Masters 1000 de Madrid). Loin s’en faut. L’option sportive choisie est avant tout politique…

« Il faut une compétence lobbying. Aujourd’hui, la Fédération n’est pas tellement présente dans les institutions, auprès des élus comme des instances dirigeantes du tennis telles que l’ATP ou l’ITF. Christian Bîmes (ancien président de la FFT), malgré tous ses défauts (condamnation pour prise illégale d’intérêts), faisait ça. »

L’ensemble des décisions se prennent au niveau politique: il faut donc s’engager auprès des élus. Roland-Garros doit redevenir un tournoi d’exception et s’accrocher à la candidature parisienne pour les JO 2024, comme l’avait compris Jean-Michel Aulas pour le Parc OL avec l’Euro 2016. Le président de la formation olympienne avait subi les mêmes recours devant la justice avant que son pourvoi en cassation et une déclaration d’utilité publique ne lui donnent finalement raison.

Reste que les élus de la Fédération ne sont pas formés à cela. « C’est pourquoi il ne faut pas laisser les clés du camion à un seul homme, rappelle Lionel Maltese. Chez ASO (Amaury Sport Organisation, l’organisateur du Tour de France et du Dakar), Jean Claude Blanc, alors Directeur général, était en lien avec Jean-Claude Killy (entre 1994 et 2000) son Président. L’un et l’autre étaient complémentaires en quelques sorte. »

Le profil de Sébastien Grosjean, à la tête des tournois de Montpellier et Anvers (dont il est l’un des propriétaires), résidant aux Etats-Unis depuis 1999, séduit. Tout comme celui de Gilles Simon d’ailleurs.  « Son profil est intéressant, c’est un garçon intelligent, élu au conseil des joueurs de l’ATP qui plus est. Il prépare son après carrière, il faudrait maintenant qu’il soit sollicité », concède le consultant ATP. Les anciens joueurs pourraient donc être amenés à occuper un rôle prépondérant dans les années à venir dans la gouvernance du tennis français et son avenir. Si tant est qu’on les aide à gagner en compétences et qu’une place réelle leur soit laissée.

Quentin Migliarini et Jean-Baptiste Guégan

Quentin Migliarini est diplômé de l’ESJ Paris en Master Journalisme sportif, il a travaillé au Figaro, Reuters et collabore avec IDalgo, agence numérique spécialisée dans le sport.

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE