Un sport business dépendant du dopage?

Armstrong et Livstrong, dopage et économie caritative - REUTERS/Benoit Tessier
Armstrong et Livstrong, dopage et économie caritative – REUTERS/Benoit Tessier

Soupçons autour de la Sky sur le Tour, affaires dans l’athlétisme et maintenant le golf mis en cause. Partout, avec la médiatisation d’un événement et de ses performances, le spectre du dopage plane. Le sport business profiterait de cette course effrénée à la performance. 

Les affaires de dopage s’enchainent. Après les révélations des médias sur l’Athlétisme, voilà que le golf débarque comme troisième sport avec le plus de cas de dopage avéré selon l’Agence mondiale anti-dopage (AMA) même si l’échantillon est encore très faible par rapport à d’autres pratiques. Se doper? Aller à l’encontre de règles édictées par des agences indépendantes comme l’AMA pour améliorer la performance.  Chaque exploit, chaque record, chaque action est ainsi sujette au soupçon.

Le cyclisme se remet à peine des affaires Festina et Armstrong quand voilà qu’une armada britannique, les Sky emmenés par Christopher Froome, rappelle ses vieux démons. Le choc entre le romantisme d’une performance humaine, crédible, admirable et les intérêts économiques résonne encore chez nous français. « Dans notre imaginaire français, le Tour est plein de rêves liés aux exploits passés. Les Sky, c’est une machine au budget bien supérieur à 20 millions d’euros, pas loin de celui de l’AMA » résume Pierre Ballester – auteur de nombreux ouvrages sur la question du dopage dont le dernier Rugby à charges.

Des agences antidopage trop seules pour lutter

En effet Monsieur Ballester, le budget de l’équipe cycliste britannique tutoie celui de l’AMA, la principale agence de lutte contre le dopage (26,6M€ en 2013, 24,3M€ en 2014). Les gendarmes du sport n’ont certainement pas les moyens de leurs ambitions. En France, l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) émarge à près de 8,2 millions d’euros en 2014, stable depuis 4 ans et financé à plus de 80% par l’Etat. L’USADA, l’agence américaine, a présenté un budget de 13,8M d’euros en 2014. Cette énumération d’organisations montre aussi clairement la difficulté pour les différentes agences antidopage : travailler ensemble et coordonner leurs efforts.

Poste de contrôle antidopage lors du Tour de France - AFP
Poste de contrôle antidopage lors du Tour de France – AFP

Dans le même temps, les principales parties prenantes du sport de haut niveau gagnent à vanter exploits et performances surtout si elles sont homologuées par des contrôles antidopage. Les organisateurs, sponsors, diffuseurs et spectateurs, apprécient les exploits sportifs mais au delà de l’émotion du jeu, gagner dans le sport rapporte en valorisation média (puissance, image), en vente de produits dérivés.

Dopage économique, athlète sacrifié

Vu l’explosion des droits TV (on parle en milliards d’euros pour la Premier League ou pour le football américain, la NFL), des diffuseurs, la fidélité des fans et des sponsors, on peut comprendre que l’économie du sport minimise la place du dopage. Les audiences, les abonnements, le merchandizing, tout l’argent injecté nourrit ce secteur si particulier. Une professionnalisation parfois mal maîtrisée, des moyens de lutte trop faibles et des acteurs puissants qui ne veulent pas tuer leur poule aux œufs d’or. Le terreau du dopage se trouve sans doute dans le sport business d’hier et d’aujourd’hui.

L’athlète, mal encadré, est le premier perdant, lui qui accepte un double risque : sur sa santé et ses revenus. Un sportif convaincu de dopage peut perdre son sponsor avant même d’organiser sa défense. Le sportif est donc d’autant plus vulnérable. En France, une loi qui vient de passer permet d’atténuer la dépendance économique. Le sportif n’était jusque-là pas considéré comme salarié, tenu de performer en « freelance » sous peine de perdre son contrat. Pas étonnant alors que le patron de l’AMA, David Howman, ait confié à la BBC « qu’un athlète sur dix se doperait! »

Sport propre contre divertissement

Et si le dopage était un sport comme les autres? On essaye de performer dans l’ombre, on rivalise d’ingéniosité et de tactique pour ne pas être pris. La lutte a toujours un ou deux temps de retard : le temps du contrôle et le temps juridique. Cette prime à la triche demeure même si on a fixé des limites, des règles, que certains transgressent. Qu’elles soient plus ou moins coercitives ne change pas vraiment la donne mais l’encadrement médical plus poussé et le statut moins précaire du sportif aideront peut-être les sportifs à rester propres.

Aujourd’hui, on est forcément en droit se s’interroger sur le rôle de la lutte contre le dopage dans le sport business. Lutter contre le dopage sert-il à donner une meilleure image du sport ? Comme si ce contrôle et la manière de lâcher par moment un ou deux coupables en pâture aux médias faisait partie intégrante du spectacle.
Le sport de haut niveau se retrouve à la croisée des chemins. Par essence, il se nourrit de performances extra-ordinaires et de champions prêts à repousser leurs limites. Et le public est toujours plus demandeur d’exploits télévisés. C’est cette augmentation croissante des épreuves sportives et les gains associés qui obligent les sportifs et l’ensemble des acteurs du sport à envisager le dopage. Il faut offrir 365 jours de sports et d’exploits.

Pour autant la multiplication des affaires de dopage pourrait nettement entamer la crédibilité des sportifs de haut niveau. Au niveau amateur, le sport bien-être connaît un vrai succès avec le rajeunissement de pratiques qui touchent le plus grand nombre (running, crossfit). Le respect des règles du jeu et du corps du sportif pourraient pousser vers un sport plus propre. En face, on peut aussi imaginer une industrie du sport qui assume le rôle du dopage, où la prise de produits favorise un spectacle sportif intense et régulier. Alors, qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse ?

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