Avec Tinkov, révolutionnons le Tour

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Le patron roule vraiment pour ses coureurs ? – BrakeThrough Media

Oleg Tinkov a encore fait parler de lui, en  s’attaquant au business du cyclisme. En cause, un système de répartition des recettes du Tour de France défavorable aux équipes. Pour lui, l’heure n’est pas encore au boycott mais une révolution s’impose. Analyse. 

Dans les colonnes du Journal du Dimanche, Oleg Tinkov, le patron de l’équipe cycliste Tinkoff-Saxo invite à « boycotter le Tour 2016″ pour engager la révolution du modèle économique du cyclisme. L’objectif ? Voler une part du gâteau de la société organisatrice du Tour de France, Amaury Sport Organisation (A.S.O.) ? Pas forcément. Il s’agirait plutôt de le faire grossir, ou mieux, de diversifier les sources de revenus d’une équipe cycliste et donc des coureurs, aujourd’hui tributaires de leurs seuls sponsors : les marques qui donnent leurs noms aux équipes.

Dans le cadre de Velon, un groupement de plusieurs équipes World Tour dont nous avons déjà parlé, Tinkov souhaiterait renégocier une partie de droits TV du cyclisme en direct avec les diffuseurs comme cela se fait ailleurs dans le sport. « Aujourd’hui, les équipes cyclistes amènent les stars, comme Sagan ou Contador, sans recevoir la moindre contrepartie, à l’inverse du football ou de la NBA », poursuit le russe. A.S.O. ferait 180 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, en partie grâce au Tour de France (on parlerait d’environ 100 millions juste pour le Tour, la vache à lait, ndlr). Seuls deux millions d’euros environ sont reversés sous forme de primes aux différentes équipes via les performances de leurs coureurs.

Reprendre un pouvoir laissé aux coureurs et à A.S.O.

Si l’on compare à des sports comme le tennis avec Roland Garros (187,3M d’euros de chiffre d’affaires en 2014) qui redistribuait 24 millions d’euros de dotations en 2014, on voit bien que le ratio est défavorable aux cyclistes à chiffre d’affaires équivalent (2% contre 13% pour le tennis). Problème, dans le cyclisme, à la différence du tennis, les coureurs sont, sur le modèle du football, salariés . Un Nibali est sous contrat et gagne environ 4 millions d’euros par an. C’est bien sa formation, son club d’une certaine manière, qui veut augmenter le gâteau mais est-on certain que cela sera pour mieux le rémunérer?

C’est pourquoi, Tinkov aimerait alors un modèle de transfert calqué sur le ballon rond. D’abord parce que le football rémunère mieux les équipes comme pour les compétitions européennes par exemple. En 2014, sur un chiffre d’affaire de 1,7 milliard d’euros, l’UEFA en a redistribué près de 1,3 ! Autre souhait du Russe, appliquer les règles du mercato du football car, actuellement, il est impossible de récupérer un coureur contre de l’argent. Il faut attendre la fin de son contrat !

Tinkov veut reprendre la main, sur ses coureurs et sur son activité. Il martèle à qui veut bien l’écouter que des sponsors qui investissent autant à perte se désengageront. Il occulte là les retombées économiques autour du plus grand événement cycliste : les relations publiques, commerciales et l’équivalent en retombées médias de la diffusion de sa marque équipe en direct. Pour un investissement compris entre 5 et 20 millions d’euros, le retour est dix fois supérieur. Et, même si on refuse de regarder ce retour de manière tangible comme Cofidis, on reste fidèle au vélo car on sait que la présence sur le Tour de France est rentable, obligatoire pour exister économiquement dans ce sport.

Sources : L’Equipe, Les Echos

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