« le cyclisme se montre à la télévision comme vingt ans auparavant »

Cédric Vasseur- Emmanuel Barth, un duo aux commentaires lors du dernier Giro
Cédric Vasseur- Emmanuel Barth, un duo aux commentaires lors du dernier Giro

Les championnats du monde de cyclisme sur piste débutent aujourd’hui sur le Vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines. Emmanuel Barth qui les commentera sur les antennes de beIN SPORTS, évoque les enjeux de cet événement pour sa chaîne et le cyclisme.

Comment passez-vous du Qatar au cyclisme sur piste ? Vous qui commentez surtout la route le reste de l’année, comment se met-on dans le bain de la piste?

On a une semaine de marge entre la fin du Tour du Qatar et le début des championnats. Ca me laisse un peu de temps pour souffler et prépare les mondiaux sur piste. Ensuite, je serai épaulé par Fabien Douillard, qui suit la piste à l’année et va commenter les épreuves de vitesse et Arnaud Tournant, notre consultant (champion olympique de vitesse par équipes à Sydney en 2000 notamment, ndlr). Pour les épreuves de fond, que je commente, je suis les résultats assidument à l’année et j’y retrouve des coureurs de la route (comme Bryan Coquard, coureur d’Europcar et vice champion olympique de l’Omnium à Londres en 2012, ndlr).

Comment juges-tu ce nouvel outil de la Fédération française de cyclisme (FFC), ce vélodrome flambant neuf  de Saint-Quentin-en-Yvelines ?

C’est une très bonne chose. Il doit favoriser, avec l’événement, le développement de la piste auprès des jeunes. Mais surtout, il va aider les athlètes à mieux se préparer alors qu’avant les pistards devaient s’entrainer soit à l’INSEP sur une piste non olympique soit dans le sud (au Vélodrome d’Hyères notamment, ndlr).

Cela permet aussi de rassembler la Fédération, les licenciés ou coureurs passionnés dans un même lieu dédié à la pratique du cyclisme. Cela provoque un élan supplémentaire dans une discipline où les bleus brillent régulièrement aux JO.

La FFC doit-elle se servir particulièrement de la piste pour faire venir des jeunes au cyclisme ?

Tu as le côté ludique qui peut attirer les jeunes plus que la route ainsi que le fait d’être au chaud en hiver mais c’est surtout le côté sécurité qui doit rassurer les parents. Contrairement à la route, cette pratique se fait à l’intérieur sans perturbation du trafic, de la circulation.

Ensuite, il faut capitaliser sur cette pratique à l’image des Anglo-saxons dont beaucoup de très bons coureurs sont passés par la piste avant de briller sur la route. Les Britanniques et les Australiens ont de très bons poursuiteurs qui ensuite font de bons coureurs de contre-la-montre ce dont on manque cruellement en France. Le sprinteur Mark Cavendish ou Bradley Wiggins (champion du monde du contre-la-montre, ndlr) viennent de la piste où ils ont développé leur moteur sur des efforts courts de 3 à 4 minutes.

Quels seront les moyens mis en place par beIN SPORTS pour la diffusion de ces championnats du monde ? Y-a-t-il un budget défini par course pour la rédaction vélo ?

On définit en début d’année une hiérarchie éditoriale sur l’ensemble des épreuves de notre calendrier. On commente le Tour Down Under depuis Paris par exemple mais on se doit d’être présent sur le Giro où l’on met en place un gros dispositif. Idem sur les championnats du monde dont ceux sur piste où nous sommes présents, avec des contraintes budgétaires.

On m’a dit que France Télévisions retransmettrait les mondiaux de Saint-Quentin-en-Yvelines (via France O, ndlr) mais je ne sais pas quelles sont les modalités et si il y a un accord avec beIN SPORTS.

Quelle est la place du cyclisme dans le portefeuille de droit de beIN SPORTS ? Y-a-t-il une volonté de valoriser le produit vélo à part entière, une stratégie d’acquisition dans le cyclisme?

Si tu n’as pas les droits du Tour de France, il est important d’être présent en début et en fin d’année. Nous avons donc le Tour Down Under, les courses du Golfe, puis les courses italiennes jusqu’au Giro dont la classique Milan – San Remo et Tirreno Adriatico (le pendant italien de Paris-Nice, ndlr). Nous venons aussi d’acquérir les droits d’une course de préparation importante : Le Tour de Romandie.

Plateau télé beIN SPORTS au départ de la huitième étape du Giro 2014 à Foligno
Plateau télé beIN SPORTS au départ de la huitième étape du Giro 2014 à Foligno

Après le Tour de France, l’intérêt pour le cyclisme diminue jusqu’aux championnats du monde. Nous finissons ensuite sur le Tour de Lombardie, dernière grande classique du calendrier. Nous proposons un feuilleton cohérent et la direction reste attentive aux opportunités en fonction de l’intérêt des épreuves.

On voit que votre portefeuille compte surtout des épreuves organisées par les italiens de RC Sport…

Nous diffusons le Tour Down Under, qui est estampillée ASO. Il n’y a pas de parti pris mais il est vrai que la plupart des épreuves que nous diffusons sont des courses qui appartiennent à RC Sport.

Après tout dépend des cycles de renégociation des droits TV (cycles de 2-3 ans) et des possibilités qui s’offrent à la chaine.

Comment beIN SPORTS compte-t-elle rajeunir l’image d’un sport qui ronronne dans sa retransmission surtout sur la route?

Le cyclisme se montre à la télévision comme vingt ans auparavant, il est vrai. La marge de progression est énorme comparée à une retransmission du football où l’on voit presque tout. Le problème pour beIN SPORTS est que l’on est pas « broadcaster », on dépend de la réalisation. Par exemple sur le Giro, je peux aller voir le réalisateur en fin d’étape pour faire un débrief et émettre des souhaits mais je n’ai pas la main sur la fabrication. On peut mettre parfois en place un système de signal privatif avec nos images mais c’est compliqué.

On a la main sur l’éditorial, le commentaire où l’on essaye de faire bouger les choses avec une équipe jeune dont le présentateur en plateau sur le Giro : Samuel Ollivier. Ca peut paraître peu mais on féminise aussi le commentaire ce qui n’était pas fait. Enfin, on utilise énormément les réseaux sociaux (#VeloExtra), pour donner autant que possible la parole aux téléspectateurs pendant la course.

La fameuse caméra embarquée sur le guidon
La fameuse caméra embarquée sur le guidon – Crédits Vélo101

On parle de l’arrivée de caméra embarquée dans le cyclisme sur piste comme sur la route, comment voyez-vous le spectacle cycliste évoluer dans les prochaines années ?

Si on l’avance comme seule amélioration, je trouve que cela manque de vision. Cela peut sans doute impressionner le téléspectateur mais pas d’expliquer ou de décrire mieux la course, donc ça m’intéresse moins.

Par contre, on évoque un système de puces sur les vélos pour avoir la position en direct de chaque coureur dans le peloton. Cela permettrait d’expliquer les déplacements, le placement, les rôles, les codes du peloton. Là je suis preneur car cela permet de couvrir la course de l’intérieur contrairement à une caméra sur le porte bagage de Cavendish. Lors des sprints, la caméra embarquée peut être intéressante.

La création d’une organisation comme Velon, vous semble-t-elle pérenne ?

Il y a déjà eu des tentatives de circuits parallèles, de groupements d’équipes professionnelles mais à chaque fois sans succès car il n’arrivent jamais à se mettre d’accord car les intérêts des uns et des autres différent et surtout car cela voudrait dire aller à l’encontre des organisateurs actuels dont ASO. Or, le Tour de France est capital pour les équipes et leurs partenaires. Difficile du coup de prendre le risque de s’en faire des ennemis.

Pour ces équipes, les gains et l’exposition obtenus sur le Tour de France sont capitaux. Une équipe doit se poser une question simple : comment générer plus de business sur une saison et attirer des partenaires à l’année ? J’imagine qu’on ne valorise pas assez l’image, les stars du peloton comme le fait très bien l’ATP pour le tennis ou la Formule 1.

Mais le problème c’est qu’on ne peut pas exiger des performances sur plus de 250 kilomètres à la pédale et ensuite les solliciter au maximum. Ils ont surtout besoin de récupérer après les courses, et ne pensent pas du tout à répondre à toutes les demandes médiatiques!

En parlant de performance, avec le spectre du dopage, est-il facile de valoriser le produit, le divertissement cycliste ?

Je crois que la majorité du peloton est propre. Les contrôles sont conséquents. Le cyclisme a fait sa révolution et doit servir d’exemples pour d’autres sports.

Propos recueillis le 12/02/2015

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