Rio 2016 : pour Dilma Rousseff, les jeux ne sont pas faits

Dimanche dernier, les 142,4 millions d’électeurs brésiliens ont tranché. Dilma Rousseff, la présidente sortante et candidate du Parti des Travailleurs, a été réélue pour 4 ans à la tête du Brésil. Ce nouveau mandat aura-t-il un impact direct sur la préparation des Jeux Olympiques de Rio en 2016 ? La Coupe du Monde de l’été dernier servira-t-elle d’exemple ?

Deux évènements sportifs internationaux majeurs, en 2 ans. Un enjeu de taille que le Brésil a voulu relever, espérant bénéficier au maximum des transformations socio-économiques d’usage dont peut tirer partie un pays hôte. Pour Thomas Bach, président du Comité International Olympique (CIO), les Jeux Olympiques de Rio-2016 doivent être une «priorité absolue» du gouvernement brésilien depuis la fin du Mondial de foot. Mais le Brésil est-il prêt ?

Tirer les leçons de la Coupe du Monde

Trois mois après la Coupe du Monde, le bilan ne ment pas : la fièvre du mondial n’a pas réussi à booster l’économie brésilienne. La publication des chiffres au 1er trimestre 2014, assortie des révisions à la baisse pour le quatrième trimestre 2013, laisse présager pour 2014 un ralentissement encore plus marqué de la croissance à 1,3% ainsi qu’une inflation en hausse, à 6,4%.

Pour l’événement, 15 milliards d’euros (dont 4 milliards en investissements publicitaires) ont été dépensés, soit 5 fois plus que le budget initial.  Au total, 12 stades ont été construits ou rénovés, alors que certains seront peu ou pas utilisés par la suite.

Au pays du ballon rond, ce n’est pas la compétition en elle-même qui a été décriée par les brésiliens, mais surtout les manœuvres politico-financières et l’opacité qui ont entouré sa préparation. L’édition 2014 du Mondial aura été la plus chère de tous les temps et la facture sera réglée par les Brésiliens : 90% des dépenses seront essuyées avec de l’argent public. La promesse d’une croissance de 0,4% pour les 5 prochaines années directement liée à l’événement et la création de 600.000 emplois semble très critique. C’est surtout la FIFA, qui sort gagnante, avec 3,3 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Ces erreurs, qui ont notamment provoqué la colère du peuple brésilien, peuvent-elles être évitées pour les Jeux Olympiques de Rio ?

Nouvelle présidence, nouvelle donne ?

Lors du second tour de la campagne présidentielle, les deux candidats Dilma Rousseff et Aéçio Neves (candidat du parti de centre droit) ont eu l’opportunité de débattre sur de nombreux sujets tels que l’inflation, l’éducation, la santé, la corruption… Mais ils sont restés silencieux sur les prochains Jeux Olympiques.

C’est qu’à deux ans de l’événement multisports, les dés semblent déjà jetés. Depuis déjà 2009, la Cidade Maravilhosa se prépare à accueillir les Jeux Olympiques qui seront les premiers à avoir lieu en Amérique du Sud. Et à Rio, l’ampleur des travaux est impressionnante: trois autoroutes, un village olympique, la rénovation du stade Maracaña, la revitalisation de la zone portuaire et l’extension d’une ligne de métro, sont au programme. Mais les transformations socio-économiques de Rio ne vont probablement pas bénéficier de la même manière aux 7 millions d’habitants de la Cité. Selon Silvia Capanema, historienne du Brésil contemporain les Jeux Olympiques s’organiseront autour du quartier de la «Barra da Tijuca », déjà favorisé par le Mondial. Par conséquent, les quartiers populaires et le centre-ville ne profiteront pas de l’aubaine.

Moins de deux ans pour finir les travaux

Par ailleurs, si toute une série de lois et d’articles avaient été approuvés par Dilma Rousseff à l’époque de la mise en place de la Coupe du Monde, le gouvernement brésilien est également lié par des contrats de même nature pour les JO.

Selon un rapport publié par l’Observatoire des Amériques, « L’acte olympique » adopté par le gouvernement brésilien en 2009 octroie à l’Etat des pouvoirs «extraordinaires» lors des compétitions. Celui-ci peut, entre autres, intervenir dans le cadre de n’importe quel contrat public, si cela est fait dans le but d’optimiser les performances des JO. Cette clause est d’ailleurs utilisée pour privatiser des biens immobiliers publics en les transférant au Comité olympique brésilien (COB). Ou en interdisant l’utilisation de symboles ou de slogans se rapprochant de ceux proposés par le CIO, à des fins artistiques ou commerciales.

Inflation grandissante, économie au ralenti, Dilma Rousseff, souvent pointée du doigt par ses opposants pour son bilan économique très mitigé, a vu sa cote de popularité baisser, notamment pendant le mondial. Mais l’opposition n’est pas parvenue à présenter une alternative convaincante face aux acquis sociaux et économiques de cette nouvelle classe moyenne, qui a joué un rôle décisif dans ces élections présidentielles. D’après le pouvoir, l’organisation des JO devrait renforcer d’au moins 1 % la croissance. Une promesse qui pèse très lourd pour Dilma Rousseff. Le bilan économique et social des Jeux Olympiques sera donc crucial pour la « meilleure présidente ».

L’auteur : Marlène Haberard

Avide d’actu, de belles histoires et de voyages, Marlène est journaliste reporter en devenir, après être passée sur les bancs de l’ESJ Paris et l’école de cinema l’EICAR. Désormais en mission en tant que reporter pour l’émission « Intelligence Économique » de France 24, son passeport ne quitte jamais son sac.

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Sources : Comite Populario.wordpress, Jol Press, La Chronique des Amériques n°7 décembre 2007, L’Express, Globo, Economic research BNP Paribas

Crédit photo : Bruno Domingos / Reuters, Rio 2016

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